Le modèle économique de l’Open Science ne se basera plus sur l’accès payant à l’information mais sur la gestion du big data

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Dans le cadre d’Open experience #4 sur l’open science, nous avons posé quelques questions à Julien Thérier, fondateur de Shazino. Cette startup développe des applications innovantes facilitant la collaboration entre scientifiques et le partage des connaissances. Shazino s’inclut dans la vague des startups “Science 2.0”, c’est à dire offrant des outils numériques de travail pour les chercheurs (réseaux sociaux scientifiques, gestion de bibliographie). Cette startup s’insère aussi dans le mouvement de l’Open Science. En effet, les applications développées par Shazino ont pour vocation de faciliter le partage des connaissances mais aussi une collaboration accrue et à grande échelle entre chercheurs.

Quel est le modéle économique de Shazino?

Shazino propose différentes applications : trois applications gratuites et spécialisées pour les biotechnologies (compteur de colonies, un gestionnaire de plasmides et un “timer” de laboratoire) et deux applications principales sur lesquelles reposent les revenus de notre modèle d’affaire.

Nous avons parié sur les trois premières applications pour se faire connaître et ainsi communiquer sur les deux principales : Papership et Hivebench. Les deux sont des freemiums c’est à dire qu’une partie des fonctions sont accessibles gratuitement.

Papership, est une appplication iphone/ipad venant se greffer sur des outils de gestion bibliographique gratuits tels que Zotero et Mendeley. Elle permet par exemple de simplifier l’échange par sms ou email d’articles qui ne sont pas accessible à tous sans pour autant sortir des règles juridiques. Nous essayons de sensibiliser les scientifiques à ne pas faire n’importe quoi avec leurs articles, c’est-à-dire à les déposer sur un site sans en avoir les droits. C’est une façon pour nous de faire évoluer ces barrières.

Pour Hivebench, notre parti pris est de mettre en avant l’Open Science. La plateforme est un carnet de laboratoire en ligne. Si les utilisateurs utilisent la version Open Science, elle est gratuite. Tout se passe alors en ligne sur le “cloud”. Nous poussons de façon informelle les utilisateurs à mettre en ligne gratuitement à destination de communautés leur recherche. Pour cela, HiveBench est lié à d’autres plateformes Open Science telles que FIgshare, PeerJ, ELife, F1000. Nous avons aussi crée une base de données de protocoles ouverts.

Ensuite si les utilisateurs souhaitent installer Hivebench sur leur propre serveur et ajouter une propriété intellectuelle, l’offre est payante. Elle concerne donc surtout les laboratoires et les universités. Cela va avec l’idée de rendre payant en compensation de la perte d’ouverture et d’accessibilité.

Sur cette question d’ouverture? Ou se situe votre ouverture et quelles en sont les limites?

Pour moi, on ne peut pas faire de l’Open Science si nous même nous n’avons pas cette démarche d’ouverture. C’est une question d’éthique. Nous avons ainsi décidé de partager une partie de nos projets en open source. Mais sans avoir de grand bénéfice en retour malheureusement car les chercheurs n’appréhendent pas facilement ce concept.

Cela amène à des aberrations pour moi tel que le réseau social scientifique ResearchGate. Le modèle est fermé mais il prône en revanche le partage d’articles entre scientifiques. Dans des communautés Open Source cette situation serait inimaginable. Mais les chercheurs eux voient souvent seulement le design d’un site, la prise en main facile sans se rendre compte de l’éthique ou l’absence d’éthique qui est derrière.

Et pourquoi seulement une partie du code est en open source?

Comme nous nous adressons à des communautés qui ne sont pas sensibles à cette démarche OpenSource, si nous ouvrions tout, d’autres entreprises prendront le code sans rien donner en retour.

Je vois l’Open Science dans la même situation que l’Open Source il y a 20 ans. Les acteurs majeurs du marché de la recherche, tels que les éditeurs, se posent des questions sur ce modèle et ne le comprennent pas vraiment. Ils voient trop de risque.

Ils jouent plus la carte de l’Open Innovation. Dans le sens où ils créent un consortium de 4 à 5 gros acteurs qui collaborent chacun à une étape de la chaîne de valeur.

Quels sont pour toi les enjeux que tu perçois dans le domaine de l’Open Science ?

Dans le domaine de la biologie et des biotechnologies où s’intègre Shazino, de nombreuses startups se sont développées en Open Science. Figshare Authorea etc.. L’enjeux pour elles se trouvent dans le big data et sa gestion.

Les éditeurs scientifiques, tels que Elsevier Nature Publishing group ont aussi bien compris cet enjeux. Ils se mettent à acheter des startups ou bien créer des partenariats.

Selon moi, on ne détrônera pas ces grands éditeurs. En revanche, l’évolution sera que le modèle économique ne se basera plus sur l’accès payant à l’information mais plus sur la gestion du big data.

Pour l’Open Science, un enjeu majeur est celui des récompenses faites aux chercheurs sur ces nouvelles pratiques de partage. Aujourd’hui, il manque cette mise en valeur du travail “Open”. Le chercheur n’est pas assez épaulé. On observe par exemple que ce sont les post-docs qui partagent le moins. Pourquoi? Car en étant post doc, la compétitivité est très forte pour pouvoir espérer avoir un poste. Partager ses données n’est pas un critère d’évaluation dans cette sélection.

Cependant, les projets de financement européens Horizon 2020 en faveur de l’Open Access et l’Open Data sont toujours un premier pas !

Pour prolonger la discussion sur l’Open Science, participez à Open Experience #4 le 17 juin.

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Célya Gruson-Daniel

About Célya Gruson-Daniel

Curieuse de tout et surtout de ce qui peut émerger de plusieurs cerveaux humains s'interrogeant et réfléchissant ensemble.

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