L’Open Robotique débarque !

L’Open Robotique débarque ! Les modèles économiques ouverts sont partout, cela on le sait déjà. Sont-ils aussi déjà dans la robotique ? Par où sont-ils arrivés ? Par le software ? par le hardware ? par le design ? Quels choix de licences se présentent aux créateurs de nouveaux robots ? Quels sont les premiers retours d’expérience des équipes qui ont opté pour l’open ? Voici de premiers éléments de réponse avec cette interview de Christophe Barraud, Président de l’association Mobsya.

 

Bonjour Christophe, en deux mots, Thymio, c’est quoi ?

C’est un petit robot mobile, programmable, éducatif, qui a pour but de faire découvrir la technologie, la robotique et la science en s’amusant. Thymio est adapté à tous les âges, il est utilisé autant comme outil pédagogique dans les écoles que comme jouet éducatif et outil de découverte à la maison par les enfants et les jeunes.

 

Quelle licence avez-vous choisie pour Thymio ?

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Tout le projet est “open”. Nous avons deux types de licences différentes. Une pour le design, le hardware, l’électronique et le matériel pédagogique, (BY-SA). L’autre pour le software (GNU/LGPL). Nous avons choisi ces licences pour pouvoir propager notre travail mais pas n’importe comment. Nous voulions permettre aux membres de la communauté Thymio de contribuer. Grâce au “share alike”, on oblige les gens à propager et à republier les projets qu’ils créent à partir de Thymio avec la même licence.

 

Vos concurrents directs ont-ils fait le même choix de licence que vous ?

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Je ne crois pas que Dash & Dot ou Lego soient Open. Ils ne semblent pas comprendre la logique et l’intérêt de l’open. Dans le monde de la robotique ouverte, c’est rapidement plus technique, plus geek, plus “arduino”. Ceux qui sont open sont présents au sein de l’OSRF (Open Source Robotics Foundation). Notre inspiration serait proche de l’e-puck qui suit le même modèle. Edison publie également son matériel pédagogique sous le même genre de licence.

Pour l’anecdote, le choix de licence a des implications: lors du salon du jouet, nous avons pu expérimenter la différence de culture. Dans le monde ouvert ou celui des petites entreprises, tous les acteurs étaient faciles d’accès. Par contre, il était quasiment impossible d’obtenir un rendez-vous avec les gros acteurs comme LEGO. Il semble qu’une forme de paranoïa existe chez eux, qui ne semblent pas comprendre les modèles “open”.

 

Etes-vous satisfait de votre choix de licence ?

Oui, on ne va pas changer, nous restons dans la même vision.

 

Avez-vous à gérer un risque de copie ou de contrefaçon ?

Contrefaçon, non, nous ne sommes peut-être pas encore assez connus ou reconnu. Cela dit, il existe un petit robot “low cost”, pour 1/3 du prix de Thymio. Ce robot, Edison, est fortement inspiré de Thymio, en moins cher, ils ont repris des éléments de design (les deux roues), le look ressemble beaucoup, mais Edison est un robot très basique, qui n’utilise pas le même software, leur software est plus simple. Ils seront rapidement limités par leur choix de hardware et de software. Notre problème n’est pas la concurrence mais la non-reconnaissance ou le non-partage.

 

Quelle forme juridique avez-vous choisi ?

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Nous avons opté pour le modèle associatif à but non-lucratif. Nous ne voulions pas d’un modèle propriétaire, tous les bénéfices générés par l’association sont réinjectés dans ses projets. Nous voulions un modèle avec des choix plus démocratiques et nous voulions garder le côté communautaire, que nous entretenons grâce à notre site wikidot (www.thymio.org), éditable par tous. Cela nous semble plus difficile à réaliser avec une société. Le projet Thymio a été créé grâce au travail de beaucoup, personne n’en est propriétaire.

 

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Quel est votre modèle économique ?

Nous vendons un robot et des accessoires. Nous avons voulu positionner notre robot dans une gamme de prix abordable et accessible. Pour 120 CHF/120 EUR, avec Thymio, vous avez un robot complet. Notre objectif est de démocratiser la technologie. A titre de comparaison, pour un robot Mindstorms équivalent en termes de capteurs-actuateurs, vous devrez débourser entre 400 et 700 CHF. Nous avons aussi mis en place des offres spéciales pour les écoles.

Notre équipe est composée d’experts dans le domaine du design de robots pensés pour la production industrielle, ce qui nous permet d’être aussi bien positionnés en termes de prix.

Nous avons aussi réalisé des kits de découverte pour stimuler l’imagination et la curiosité des utilisateurs, ou encore des accessoires spéciaux, à l’occasion d’évènements ou d’expositions, telles que pour la Maison d’Ailleurs, avec l’exposition « portrait-robot » (http://www.ailleurs.ch/expositions/a-venir/), où vous pourrez retrouver Thymio.

Toutes les infos sur Thymio se trouve sur notre wikidot « www.thymio.org » et sur le site de l’association Mobsya « www.mobsya.org » à partir duquel vous pouvez participer au crowdfunding du modèle Thymio Wireless sur Indiegogo.

 

L’équipe

L’association Mobsya emploie quatre personnes et bénéficie du soutien et du travail de membres, de partenaires et de nombreux contributeurs. Cette communauté est composée d’experts en robotique, en éducation, de partisans de l’open, de passionnés de technologie, etc. Notre but est d’offrir le meilleur outil de découverte et d’initiation à la technologie, à la robotique et aux sciences possible.

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Yves Zieba

À propos de Yves Zieba

Yves Zieba est entrepreneur à Genève. Il a étudié à ESCP Europe, HEC Montreal, IMD et LBS, il s'est spécialisé en stratégie agile et en innovation ouverte. Il a effectué la plus grande partie de sa carrière au sein de grands groupes leaders dans leurs activités: Arthur D. Little, Mannesmann, Degussa, Safran, Total, Thomson Reuters. Yves a été intrapreneur dans un incubateur avant de devenir entrepreneur, il est maintenant un conférencier et mentor de start ups indépendant. Il enseigne auprès des programmes d'executive MBA; de Master et de Bachelor, notamment aux HEG, auprès de l'Université de Genève et de l'EPFL Innovation Park. Il est actif dans le monde associatif français et suisse, il préside l'association Pangloss, qui encourage l'innovation utilisant les modèles économiques ouverts. Il a co-fondé Genevita, une fondation pour le développement de la médecine personnalisée, et fait partie du Conseil Consultatif de Softweb, l'incubateur d'innovation sociale en Suisse Romande. Genevois d'adoption, il anime la communauté des 600 anciens ESCP Europe en Suisse, et est passionné par le sport et par les technologies de transfert du savoir et les nouvelles technologies de l'éducation.

Christophe Barraud

À propos de Christophe Barraud

Christophe Barraud a étudié à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) où il a obtenu en février 2013 un diplôme d’ingénieur en microtechnique spécialisé en robotique. Il a ensuite travaillé au sein de l’EPFL dans divers projets liant robotique et éducation. Il a rejoint l’association à but non-lucratif Mobsya en tant qu’employé au mois d’octobre 2013 et en est devenu le président dès le mois d’août 2014. L’association Mobsya gère la production, le développement et la diffusion du robot éducatif Thymio et gère les projets qui s’y rattachent. Aujourd’hui, Christophe gère l’association et y a un rôle de chef exécutant (CEO) tout en travaillant pour l’EPFL dans le développement de kits pédagogiques pour les écoles utilisant le Thymio, le projet Thool.