« Les Moocs interrogent le modèle économique de l’école de commerce »

Philippe Silberzahn est professeur d’entrepreneuriat, stratégie et innovation à EMLYON Business School et chercheur associé à l’École Polytechnique (CRG). Il est le créateur du premier MOOC d’initiation à l’entrepreneuriat consacré à l’effectuation en novembre 2013 qui a rassemblé plus de 9.000 participants, et 2.400 certifiés. Entre motivation pédagogique et innovation de modèle économique, il nous présente sa vision des Moocs pour l’école de commerce.

On imagine que pour un professeur d’entrepreneuriat, la question des Moocs est à double détente : en tant que dispositif pédagogique pour enseigner et en tant qu’innovation dans une industrie, quelle a été votre façon d’appréhender ce phénomène ?

Réaliser ce Mooc sur l’effectuation provient avant tout d’une envie d’innover. Je m’intéresse à l’innovation et je travaille dans une institution, l’école de commerce, dont le modèle économique est en essoufflement et qui est entouré d’initiatives qui attaquent sont modèle économique de référence (les universités d’entreprises et les universités entre particuliers en sont deux exemples).

Je m’y suis donc intéressé à l’été 2012, avec cette envie d’explorer une piste d’innovation de modèle économique pour un acteur qui se doit de réagir face à un environnement en mutation. J’ai eu la chance d’être suivi suffisamment pour réaliser un premier Mooc à l’automne 2013 sur l’effectuation. C’est avant tout une expérimentation pour comprendre ce que cela implique comme évolution en termes pédagogiques comme en termes économiques.

Bien sûr, étant professeur, mon métier c’est d’enseigner et de transmettre et le Mooc est un moyen d’enseigner mais la première motivation est une motivation d’innovation, pas une motivation d’enseignement.

Après cette première expérimentation, quelles sont vos conclusions, qu’est-ce que ça produit un Mooc ?

Il y a un réel effet pédagogique, les témoignages des participants sont là pour en témoigner, nombreux sont ceux qui s’expriment spontanément pour expliquer ce qu’a produit en eux cet enseignement.

Le deuxième aspect est plus important, c’est le collectif, un Mooc, ça crée du lien social. C’est une émotion collective proche du concert. Au-delà de la vidéo, ce sont les échanges qui ont lieu sur la plateforme qui font le Mooc. Le peer-to-peer learning, c’est une puissante réalité.

Vous parlez presque comme un nouvel entrant dans le secteur, on imagine que dans une institution bien établie, la dynamique d’ouverture induite par un Mooc ne va pas de soi, qu’elle nécessite des évolutions, des ruptures, comment cela s’est passé pour vous ?

Christiansen a écrit le script : c’est très difficile d’héberger un nouveau modèle économique au sein d’un modèle bien établi.

Le Mooc dans la grande école ne déroge pas à la règle. C’est vraiment difficile de l’intégrer : cela ne correspond pas à une ligne d’activité, ni à un département pédagogique. En plus, certains à l’intérieur peuvent percevoir ce type d’initiatives comme une menace pour les activités existantes.

On voit bien aujourd’hui que les établissements sont tous dans une situation analogue : ils ont été poussés à en réaliser quelques uns et tous s’interrogent sur les modalités d’intégration de cette innovation dans leur modèle. Certains font des partenariats avec des plateforme de Mooc comme Coursera pour parvenir en mobilisant peu de ressources à être présent sur ce sujet.

Pendant ce temps, certains acteurs se posent moins de questions et ont des stratégies plus agressives.

Nous avons fait le choix de développer notre propre solution technique avec un partenaire technique qui produit notre plateforme en marque blanche.

Quelles que soient les évolutions, il est probable que les institutions d’enseignement vont garder un rôle important, notamment pour la certification.

Egalement, on constate que la salle de classe a des vertus que l’enseignement à distance ne peut pas combler et on imagine qu’un modèle hybride a une pertinence certaine.

L’impact sur l’économie de l’enseignement supérieur sera certainement important : nouvelles sources de valeurs, nouveaux entrants aux modèles différents, le paysage va être bouleversé, et pas qu’en termes pédagogiques.

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Louis-David Benyayer

À propos de Louis-David Benyayer

Entrepreneur / consultant / chercheur / enseignant, Louis-David Benyayer est passionné par l'innovation, la stratégie, les modèles économiques et l'entrepreneuriat.

À propos de Philippe Silberzahn

Philippe Silberzahn est professeur d’entrepreneuriat, stratégie et innovation à EMLYON Business School et chercheur associé à l’École Polytechnique (CRG). Il est le créateur du premier MOOC d’initiation à l’entrepreneuriat consacré à l’effectuation en novembre 2013 qui a rassemblé plus de 9.000 participants, et 2.400 certifiés.

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